The Dead... Still Alive !!!

Billets sur le cinéma d'horreur, épouvante et fantastique

09 avril 2012

Regarde ce que ton frère a fait à la porte !

The Texas Chainsaw Massacre affiche

Réalisation : Tobe Hooper
Pays : États-Unis
Année : 1974
Durée : 84 minutes
Imdb : tt0072271

"Le film que vous allez voir relate la tragédie que vécut un groupe de cinq jeunes gens, en particulier Sally Hardesty et son frère invalide Franklin. Cette histoire est d'autant plus tragique qu'ils étaient jeunes. Mais, eussent-ils vécu très très longtemps, qu'ils n'auraient pu s'attendre ni même souhaiter voir une telle débauche de folie et de macabre à laquelle ils assistèrent ce jour-là. Pour eux, une balade par un après-midi d'été idyllique devint un cauchemar. Les événements de cette journée devaient mener à la découverte de l'un des crimes les plus bizarres des annales de l'histoire américaine, The Texas Chainsaw Massacre." (Affiche visualisable en cliquant sur le logo).

The Texas Chainsaw Massacre Cemetery

Bon là ça ne rigole plus, on touche au sublime donc histoire de ne pas faire comme d'habitude, exit le synopsis habituel et on entame avec le texte en ouverture du film dicté en version originale par John Larroquette à qui Tobe Hopper a demandé de prendre un ton à la Orson Welles. Ce texte simple, clair donc compréhensible instantanément par tous, contribue dès le départ a instaurer ce qui sera la plus grande force du métrage de son commencement à sa fin : un aspect documentaire qui en aura retourné plus d'un dont votre serviteur mais... dans le bon sens contrairement à d'autres...

Pam (Teri McMinn) peut-elle se fier à son horoscope ?Alors comment en est-on arrivé là ? Qu'est-ce qui a amené Tobe Hooper à réaliser l'un des plus grand films du cinéma et ce avec un budget si étriqué ? Le véritable commencement c'est lorsqu'un ami de Hooper lui conseilla d'aller voir un film qui passait au cinéma, un film en noir et blanc, un certain... Night of the Living Dead. Bien lui en a pris de suivre le conseil de cet ami car c'est en voyant la réaction des spectateurs face au métrage de George Romero (lui aussi devenu culte avec le temps) qu'il a su que c'était ça qu'il fallait faire et c'est de là qu'est parti l'idée de faire un film comme The Texas Chainsaw Massacre.

Même à cinq, prendre un auto-stoppeur ça craint un max !Après pour ce qui est du film en lui-même, l'inspiration vient d'un célèbre tueur en série : Edward Theodore Gein plus connu sous Ed Gein lorsque l'on parle de lui. Je ne compte pas faire un exposé sur le personnage, d'autres sites le font admirablement bien comme ici par exemple. Un brin de culture ne faisant jamais de mal, n'hésitez pas à y aller pour savoir de quoi on parle. Tobe Hooper avait de la famille habitant dans le Wisconcin, famille habitant juste à une trentaine de kilomètres de la maison de celui que l'on appela par la suite (entre autre) le boucher de Plainfield. Inutile de dire que gamin et entendant les histoires horribles qu'on s'amusait à lui raconter afin de lui faire peur, son enfance a été marquée et ces horreurs se sont tout naturellement intégrées au scénario de son film.

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Pam (Teri McMinn) et Sally (Marilyn Burns) se remettent de l'auto-stoppeur

Donc oui, niveau inspiration le mobilier si particulier que l'on peut voir dans le film est lié à ce que les enquêteurs ont découvert chez Ed Gein en 1957. Par contre pour ce qui est du côté visuel de Leatherface interprété par Gunnar Hansen, c'est tiré d'une autre histoire tout aussi glauque que la précédente. Une fois de plus il faut retourner à l'enfance de Hooper où son médecin de famille lui avait raconté une chose que celui-ci avait fait alors qu'il était encore étudiant. Il travaillait sur un cadavre dont il a écorché le visage pour... se faire un masque pour Halloween ! Encore une histoire marquante que notre réalisateur texan n'a jamais oubliée et qu'il a intelligemment utilisée pour son film.

Pam (Teri McMinn) se demande ce que fout Kirk (William Vail)Après, ce qui est marquant dans le métrage c'est bien évidemment l'objet dont il est question dans le titre (titre choisit après la fin du tournage) et dont le personnage de Leatherface en deviendra indissociable. Là aussi c'est dû à une anecdote. Lors d'un Noël, Tobe Hooper faisait la queue dans un grand magasin où il y avait un monde fou et où la chaleur était étouffante. Et c'est alors qu'il se demandait comment sortir de cet environnement insupportable que son regard se posa sur une série de tronçonneuses exposées. L'idée d'allumer l'un de cet engin pour faire place net rien que par son aspect dissuasif lui donna l'idée de l'utiliser dans son futur film.

Plan culte démarrant de la balancelle et suivant Pam jusqu'à la maisonS'il existe encore des personnes (mais est-ce possible ?) persuadées que l'histoire dont il est question ici est réellement tirée d'une histoire vraie, elles en seront pour leurs frais. Tobe Hooper : "C'était l'époque du Watergate. Une époque où je commençais à me dire que peut-être ces gens à la télé ne disaient pas la vérité. Je crois que je devenais désillusionné. Et les jeunes de mon entourage étaient soit désillusionnés soit déterminés à faire changer les choses. C'était une époque étrange. Le film est devenu une métaphore cinématographique de la conjoncture de l'époque. Voilà à mon avis le propos de Massacre à la tronçonneuse".

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Une vision personnelle du confort

Ajoutons à cela que c'est en voyant devant un cinéma de longues files d'attentes provoquées par le simple fait de la mention "histoire vraie" sur l'affiche d'un film, et vous comprendrez l'intérêt de notre texan à jouer sur cette ambiguïté. Tout était en place pour réaliser le film que nous connaissons tous (et tant pis pour ceux qui ne le connaissent pas), film qu'il est réducteur de réduire à un simple film d'horreur. Oui je sais, il est classé dans cette catégorie sur le blog mais... il fallait bien en choisir une et ça n'empêche pas derrière de dire que la pellicule de Hooper explose les codes ainsi que les sacro-saintes valeurs familiales (surtout via la scène du repas) ce qui fit scandale.

Oui, ici c'est pas comme à la maisonMais la réalisation de ce chef d'oeuvre n'a pas été de tout repos. Et lorsque l'on connaît deux/trois petites choses à son sujet, on se rend compte que c'est justement tous ces éléments cumulés aussi pénibles soient-ils, qui rendent ce film intouchable pour l'éternité, une véritable révolution, une tornade dans tous les sens du terme et ce à tous les niveaux. Dès son générique si particulier utilisant les tâches solaires, le film sera tout du long lié à cet astre et la chaleur étouffante transparaît à chaque plan. Alors évidemment à la vue de toutes les horreurs que vont vivre nos cinq protagonistes, on se dit qu'au Texas le soleil tape beaucoup trop sur la tête de ses habitants.

Sally (Marilyn Burns) prouvant que l'enfer c'est bien sur terreEt quelque part, si on pousse un peu ce raisonnement d'une facilité affligeante au départ, on se rend compte que c'est ce même soleil (et sa chaleur suffocante) qui aura rendu le film aussi fou au final. Filmer les scènes se déroulant dans le van c'était déjà pénible mais ce n'était rien, vraiment rien à côté de la scène mythique du repas dont le tournage s'est effectué sur une durée de... 27 heures d'affilées ! Les principales raisons de ce que l'on peut véritablement appeler un tournage marathon sont dues à ces deux faits : le contrat d'un des acteurs syndiqué (Jim Siedow) se terminait ce jour là et il ne restait plus qu'un seul masque pour le grand-père (John Dugan).

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Une des nombreuses scènes cultes : celle du repas

Imaginez une température entre 40 et 42° à l'extérieur, des couvertures aux fenêtres pour masquer la lumière du jour afin d'être raccord, et l'éclairage des projecteurs s'alliant à la chaleur ambiante pour littéralement faire cuire le décor composé de bidoches et autres joyeusetés de ce genre ! Ils ont même essayés d'injecter du formol dans les saucisses pour qu'elles tiennent le coup, toujours histoire d'être raccord. Continuez à imaginer l'odeur de la pièce avec la bidoche qui macère et pourrie et ce pendant 27 heures ! Un gars de l'équipe a eu l'ingénieuse idée d'aller brûler tout ce qui ne serait plus utile derrière la maison pendant que ça tournait et le vent s'est levé amenant la fumée dans la maison. Bilan : entre chaque prise ça courrait pour aller vomir avant de revenir pour continuer le tournage. Pas difficile de comprendre que chacun était devenu irritable à la moindre remarque et que plus personne ne se supportait, une véritable folie qui se sera imprimée sur pellicule pour notre plus grand bonheur.

Ou quand l'être humain n'est plus que de la viandeMais cette folie palpable tout au long du film ne serait pas crédible sans ces acteurs tous aussi bons les uns que les autres. John Dugan qui interprète le grand-père connaissait Kim Henkel via sa soeur qui était... sa femme. Kim l'a appelé pour le rôle. Jim Siedow, jouant le plus vieux des trois frères, a été appelé par Tobe Hooper avec qui il avait tourné dans un film : The Windsplitter. Jim Siedow ne se souvenait plus de Tobe Hooper contrairement à lui ! Son rôle est très important, celui d'un demi-fou pour que ça puisse fonctionner sinon se serait le boxon total. Edwin Neal, l'auto-stoppeur, s'est pour sa part rendu à une audition dans un amphi par curiosité. Il a reconnu son neveu dans le rôle, paranoïaque et schizophrène et il l'a imité. Gunnar Hansen qui interprète Leatherface a appris qu'on cherchait quelqu'un pour le rôle d'un tueur dans un film et il a contacté Bob Burns (directeur du casting et aussi qui s'occupait des effets spéciaux) qui l'a mis en relation avec Tobe Hopper et Kim Henkel.

Leatherface (Gunnar Hansen) plus humain qu'il n'y paraitSacré Gunnar qui ne possédait qu'en tout et pour tout qu'un seul costume porté 12 à 16 heures par jour, 7 jours par semaine ! Tout le monde l'évitait durant tout le tournage à cause... de son odeur ! Impossible de se risquer à laver l'unique costume et que celui-ci perde ses couleurs ou pire... Mais comment ne pas terminer en mentionnant Marilyn Burns, jouant Sally Hardesty, et son engagement total et sans qui (via la qualité de sa prestation) tout le film tomberait à l'eau ? Il suffit juste de prendre la scène de la cabane où il a fallu huit prises et où entre chacune d'entre elles Tobe Hooper et Marilyn Burns demandaient à Jim Siedow de frapper plus fort pour être plus crédible ! Et Jim Siedow s'est finalement pris au jeu et Marilyn a vraiment dégustée sévère tournant presque de l'oeil lors de la dernière prise !

Enfin en sécurité ? Sally (Marilyn Burns) totalement impuissante Un regard bien plus explicite que des mots

Oui, The Texas Chainsaw Massacre est l'un des plus grands films du cinéma. Pour preuves ? Les réactions qu'il a suscité à la quinzaine des réalisateurs en 1975 à Cannes. Ce public constitué de la crème du politiquement correct a été... "secoué". Ou encore en 1976 lors du festival d'Avoriaz où le film ne pouvait que gagner le grand prix mais malheureusement 1976 a été l'année où présidait le pire jury qui puisse exister ! Même jury qui a décidé de ne pas décerner de grand prix à cause (selon eux) du manque de qualité des films en compétitions ! Du jury "élitiste" de 1976 on retiendra une certaine Leslie Caron qui est sorti en hurlant pendant la projection du film et qui apparaît le 25 janvier 1976 dans l'émission "Les rendez-vous du dimanche" présentée par un autre parasite con comme un manche qualifiant le film d'abominable et qui n'était autre que Michel Druker.

Franklin (Paul A. Partain) et sa soeur Sally (Marilyn Burns) attendent...Pendant cette émission TV hautement instructive sur le "mental" du jury de 1976 (et de son présentateur au passage), cette cruche de Leslie Caron qualifia Massacre à la Tronçonneuse -je cite ses différents termes- de : bestial, abominable, dégradant, décadent. Mais bon, le pire pour le film sera au final de se taper un X et du coup de ne pas pourvoir sortir dans les salles françaises ! Je ne vais pas faire un exposé sur la censure frappant le film ce serait trop long. Par contre à ce sujet je vous invite à lire "Une Expérience américaine du chaos" de Jean-Baptiste Thoret où la totale est expliquée sur ce point précis. Inutile de dire qu'à sa lecture, le terme pathétique n'est pas assez fort pour décrire l'opinion de nos "élites" qui composaient la commission de classification. Le visa ne sera obtenu que le 29 avril 1982 et le film sortira finalement dans les salles en France le 5 mai 1982.

La famille c'est sacrée...S'il fallait choisir une anecdote valorisant la qualité du métrage de Tobe Hooper, je pense que celle livrée par Jean-Baptiste Thoret (encore lui !) se pose là. Ridley Scott avait voulu qu'on lui montre des films de genre avant son Alien pour... éviter les pièges/clichés, l'ami Scott ne considérant pas le genre horrifique comme majeur. On peut même dire sans se tromper que pour lui à l'époque le genre était plutôt composé de navets à grosses ficelles. Dans la liste des films à voir, il y avait un certain Massacre à la Tronçonneuse. Et qu'elle ne fut pas sa surprise suite à ses préjugés de voir un film qu'il a considéré immédiatement comme un chef d'oeuvre ! Tellement marqué qu'il diffusa la bande son de Massacre à la Tronçonneuse sur le plateau d'Alien pour mettre les acteurs en état d'inquiétude permanente ! Alors ? Vaut-il mieux prendre en compte l'avis de Ridley Scott ou celui de Michel Drucker et Leslie Caron ?

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Autre scène culte : the girl on the meat hook

Basé sur un script co-écrit par Kim Henkel et Tobe Hooper rédigé en six semaines puis tourné à partir du 15 juillet 1973 pendant une durée d'aussi six semaines, Massacre à la Tronçonneuse est une tuerie absolue dans tous les sens du terme. Ici pas de boogeyman invinsible représentant un mal inhumain. Bien au contraire, ici l'aspect documentaire mais aussi et surtout humain prime. Lorsque l'on voit Leatherface paniquer et se prendre la tête après le coup de maillet porté à Jerry (Allen Danziger), cela donne l'image dérangeante pour le spectateur d'un type se demandant : "Mais d'où viennent tous ces jeunes gens ? Qu'est-ce qui se passe ?". Nous sommes à des années lumières de personnages comme Michael Myers ou encore Jason Voorhees. Là nous sommes constamment ancrés dans la réalité et ça fait mal, très mal.

Leatherface et son arme de prédilectionA ceux qui ne l'ont toujours pas vu, pas de gore contrairement à ce que l'on pourrait croire au premier abord et ni d'érotisme, Massacre à la Tronçonneuse est un film qui ne s'éternise jamais sur du gore grand guignolesque par exemple mais préfère rester un film coup de poing avec des scènes chocs rapides et c'est le spectateur qui comme un puzzle met les pièces manquantes en place dans son esprit. D'où pour la majorité de ces mêmes spectateurs la certitude d'avoir assistés à certaines choses complètement absentes du film ! Et ça, c'est dû au talent de Tobe Hooper et à un excellent montage. Surtout qu'ici et c'est très important, Tobe Hooper n'a pas été sous pression et il a bénéficié du final cut !

Une découpe qui ne va pas faire plaisir à l'ainé des frèresPour terminer car il le faut bien malgré tout, impossible de passer sous silence ce qui a mis un temps considérable à être admis par beaucoup : l'humour du film. Alors évidemment, ici on parle d'humour noir et d'ironie mais il n'empêche... et c'est justement ce parfait dosage qui rend ces trois frères si... "humains". Comment ne pas jubiler par exemple à la découverte par Jim Siedow de la porte de la maison détruite par Leatherface ? Pour la suite sortie en 1986 (et aussi chroniquée sur le blog ici), Tobe Hooper s'est justement complètement lâché sur cet aspect. On ne le dira jamais assez, Massacre à la Tronçonneuse premier du nom délivre de l'horreur viscérale pure. Il y a eu un avant et un après Massacre à la Tronçonneuse et ça, c'est la signature d'un grand film mille fois copié mais jamais égalé.

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