The Dead... Still Alive !!!

Billets sur le cinéma d'horreur, épouvante et fantastique

31 août 2011

Vous n'avez rien contre les femmes ?

Tenebre affiche

Réalisation : Dario Argento
Pays : Italie
Année : 1982
Durée : 101 minutes
Imdb : tt0084777

Peter Neal (Anthony Franciosa), un écrivain américain, arrive à Rome pour la promotion de son dernier livre "Tenebrae", entouré par Bulmer (John Saxon), son agent, et Anne (Daria Nicolodi), sa fidèle assistante. Quelque jours auparavant, une jeune femme a été assassinée et le meurtrier lui a rempli la bouche avec des pages de son livre. L'inspecteur Germani (Giuliano Gemma), qui conduit l'enquête, est convaincu que Neal détient - sans le savoir ? - la solution de l'énigme. (Affiche visualisable en cliquant sur le logo).

Tenebre

L'idée de Ténèbres est liée à un incident survenu alors que le réalisateur se trouvait à Los Angeles, juste après le tournage d'Inferno (tourné en partie à New York), où il avait commencé à travailler à un nouveau projet produit par la MGM. Un jour, un inconnu lui téléphona, affirmant être devenu l'un de ses admirateurs après avoir vu Suspiria, et désirant le rencontrer ; mais il lui demanda également, de façon étrange, s'il avait ressenti autant de plaisir en le réalisant que lui en le voyant, si bien que le réalisateur demeura sur ses gardes. Par la suite, l'inconnu rappela fréquemment, tout d'abord pendant la journée mais ensuite également la nuit.*

Tenebre 2Lorsqu'Argento lui demanda de quel droit il le dérangeait ainsi, l'inconnu répondit : "De quel droit entres-tu dans la conscience des gens ? De quel droit entres-tu dans mes songes ? Ne penses-tu pas que tu pourrais payer pour cela ?". Après qu'Argento eut fait bloquer le téléphone, l'inconnu commença à envoyer des lettres. Le cinéaste se transféra alors à Santa Monica, mais ne se trouvant plus tranquille, il préféra rentrer en Italie. Ces faits l'inspirèrent en partie pour son nouveau projet : "J'ai voulu raconter l'histoire d'une personne qui avait tourmenté les pensées d'une autre". D'où l'écrivain de romans policiers Peter Neal qui, par son nouveau livre, déclenche la folie meurtrière d'un (passage enlevé par mes soins car gros spoiler) puritain qui a décidé d'éliminer ce qu'il qualifie de "perversité" (jeune fille kleptomane, lesbiennes, prostituées...)*.

Tenebre 3Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a une manière assez originale d’exorciser ses peurs/angoisses notre cinéaste italien. Après ses deux derniers films fantastiques, Dario Argento revient à un genre qu’il connaît fort bien (sans déconner ?) : le giallo. Exit le surnaturel et retour aux sources ? En tout cas, Suspiria et Inferno s’étaient terminés dans les flammes et Ténèbres commence avec celles-ci justement, et une voix-off qui est celle de Dario Argento dans la version italienne lisant un passage du livre «Tenebrae» avant que celui-ci ne termine dans la cheminée.

Tenebre 6

Comme Irene Miracle sur Inferno : "Mort aux soutiens-gorge !"

Ténèbres… ce qui choque la première fois après en avoir terminé la vision, c’est justement son titre. Ténèbres… un film qui porte fort mal son nom au niveau esthétique. Vous avez des ami(e)s qui passent leur temps à se plaindre que les films d’horreur c’est nul ou chiant parce que ça se passe toujours dans le noir ? Emmenez-les voir ce giallo datant de 1982 (avril 1983 pour la France) et ils seront amenés à revoir leur copie. Car oui, Ténèbres est un film lumineux et c’est le blanc qui domine, c'est froid, nous sommes à des années lumières de la photographie de Suspiria et Inferno.

Tenebre 12Même les scènes dites nocturnes sont lumineuses et les meurtres, qu'ils soient de jour ou de nuit apparaissent en pleine lumière. Non, si on veut chercher la signification du titre, c’est ailleurs qu'il faut chercher. «J’ai choisi ce titre en songeant aux ombres intérieures que nous avons dans l’esprit, qui se manifestent en nous depuis le jour de notre venue au monde, et que nous rendons palpables en les représentant par des monstres, qui ont en eux le démon de la violence, du crime et du mensonge» Dario Argento. Ténèbres renvoie à la noirceur intérieure, celle qui sommeille en chacun de nous et peut se réveiller à tout moment.

Tenebre 20Et quand elle se réveille, ça fait mal, très mal même. Avec ce film, il semble bien que Dario Argento cherchait à faire le giallo ultime, celui qui allait marquer et lui permettre de pouvoir passer à autre chose derrière. C’est d’ailleurs ce qu'il fera avant d’y revenir (on ne se refait pas). Je sais que certains reprochent au cinéaste italien un certain manque d’érotisme dans ses précédents gialli. Avec Ténèbres ils seront servis, grâce par exemple au couple de lesbiennes formé par les jolies Tilde (Mirella D'Angelo) et la plantureuse Marion (Mirella Banti). Oui je sais, ça fait beaucoup de Mirella au mètre carré cette histoire.

Tenebre 8

Marion (Mirella Banti) pulpeuse à souhait

A cela, il faut aussi ajouter les flashbacks récurrents (une récurrence faisant penser à Quatre Mouches de Velours Gris) qui ont un côté onirique et qui mettent en scène une femme et plusieurs hommes dont l’assassin. Cette femme qui n’hésite pas à dévoiler ses charmes n’est autre… qu’un homme ! Evidemment, si vous avez fantasmé dessus, ça doit être un choc de ne pas l’avoir capté. Eva Robins/Roberto Coatti, la femme de la plage est un transsexuel. Ténèbres passe son temps à jouer sur les ambiguïtés et ce avec plusieurs de ses protagonistes. Lesbienne voulant coucher lorsqu’elle en a envie avec des hommes, homosexualité refoulée chez certains hommes…

Tenebre 10Et à cette dose d’érotisme plus qu’affirmée, il faut ajouter la violence car il ne faut pas l’oublier, Ténèbres c’est aussi des meurtres très graphiques et d’une certaine brutalité, surtout sur la fin (mais il y a une raison à cela que je ne peux pas dévoiler et vous laisse découvrir si vous n’avez toujours pas eu la chance de voir ce film). Ce n’est pas pour rien si ce métrage a été censuré un petit peu partout. Aux USA il ne sort que tardivement sous le titre Unsane mais expurgé des scènes chocs et de certains dialogues rendant le film limite incompréhensible. En Angleterre, la fameuse scène du bras coupé à la hache mettant en scène Jane (Veronica Lario) a été presque intégralement coupée et le film a été par la suite complètement interdit pendant plusieurs années.

Tenebre 11Il faut savoir aussi qu’en Italie, lorsque Silvio Berlusconi a épousé Veronica Lario, il a fait couper pour la télévision toutes les scènes où sa femme apparaît et bien évidemment celle la plus sanglante, la toujours fameuse scène de la hache. De nos jours, le film est heureusement visible dans son intégralité (il l’était aussi à la grande époque de la VHS dans nos vidéoclubs). Mais au fait, que serait un film sans une bande son de qualité ? Pour son giallo si dérangeant, Dario Argento a fait appel à de vieilles connaissances…

Tenebre 5

Eva Robins ou Roberto Coatti ?

Je sais bien que partout il est dit que la musique pour Ténèbres émane du groupe Goblin que les aficionados de Dario Argento connaissent bien. Mais en fait, il faut savoir qu’à cette époque le groupe n’existait plus et leur dernier travail pour une bande originale était sur… Dawn of the Dead (Zombie) de George Romero ! Dario a demandé à trois membres du défunt groupe de travailler sur son film et ils ont répondu présent. Les trois sont Claudio Simonetti, Fabio Pignatelli et Massimo Morante. Au fait, aviez-vous remarqué que dans deux scènes de Ténèbres (celle du magasin où Elsa Manni vole un livre et celle de Marion et Tilde au café) il y a en fond sonore deux musiques du film Dawn of the Dead ?

Tenebre 16Quel plaisir de retrouver Ania Pieroni ici dans le rôle d'Elsa Manni (Mater Lachrimarum d’Inferno quand même) et aussi… John Saxon ! Et derrière la caméra on retrouve en tant que premier assistant-réalisateur Lamberto Bava et en tant que second assistant-réalisateur Michele Soavi. Impossible aussi d'omettre la séquence filmée à la Louma (caméra récente à l'époque fixée à un gigantesque bras métallique) et qui dure deux minutes trente nous montrant la maison des deux lesbiennes sous toutes les coutures et ce sans coupes  ! Culte ou chiant, à vous de trancher car cette scène divise pas mal les spectateurs au final ! Pour ma part, quoi que l'on en dise, ce plan est indissociable du film !

Tenebre 18Donc voilà, je ne peux que vivement conseiller la vision de ce Ténèbres si jusqu’au-boutiste même si un petit point m’a chagriné. Oh, pas grand chose en fait. Mais j’avoue qu’à la toute fin du film, les cris de Daria Nicolodi (que j’adore hein !) m’ont tapé sur le système et cela donnait l’impression d’une émotion surjouée au possible. Et comme c'est la fin et que l'on reste sur cette dernière impression, c'est un peu embêtant. A propos de Daria Nicolodi justement, sur la version anglaise ce n'est pas sa voix mais celle de Theresa Russell. Mais bon, tout cela ne remet nullement en question la qualité globale du métrage où une surprise de taille au sujet du tueur vous attend, mais chuuuuut…

tenebre animation

*Ces 2 paragraphes sont extraits du livre Dario Argento : Toutes les facettes de la créativité du "Maître de l'horreur" de Vivien Villani.

Plus d'images du film, c'est ici.

 


Commentaires

    ouais, bah en lisant ce billet, je me rends compte que je ne m'en souviens plus du tout. Une erreur à réparer d'urgence.

    Posté par Alice In Oliver, 31 août 2011 à 08:30
  • à Alice in Oliver

    Oui je pense

    Posté par Leatherface, 31 août 2011 à 08:50
  • Je DOIS voir ce film.
    Peut-être bientot en Blu-Ray, qui sait!
    P.S. : Je viens de voir Beatrice Cenci de Fulci... Une bombe que tu devrais te depêcher de voir Leatherface si ce n'est pas déja fait!!

    Posté par Ze Ring, 31 août 2011 à 18:27
  • Merci

    superbe billet qui me remémore la vision du film. C'était un temps où Dario était vraiment au sommet de son art!

    Ber

    Posté par ber, 01 septembre 2011 à 08:55
  • à Ze Ring

    Ah non, je ne connais pas. J'ai déjà 6 films de Fulci à mater ces jours-ci (dont 4 pour me remémorer parfaitement), je l'ajouterai derrière

    Posté par Leatherface, 01 septembre 2011 à 09:54
  • à Ber

    Merci. Il me reste encore pas mal de Dario Argento de qualité à chroniquer

    Posté par Leatherface, 01 septembre 2011 à 09:59
  • Bin va voir mon blog si ça t'intéresse Leatherface, j'en ai écrit une critique rapide!

    Posté par Ze Ring, 01 septembre 2011 à 12:56
  • à Ze Ring

    Ah merci ! Je viens de trouver le film (vais le regarder dès que possible !), je file voir ta critique

    Posté par Leatherface, 01 septembre 2011 à 13:24
  • Ah que de souvenirs,ce film que j'ai vu au cinoche par hasard,lors d'une fête du cinéma.
    Un vrai bon film ,avec un twist surprenant,je ne pense pas l'avoir revu d'ailleurs.
    J'en reprendrais quelques vingt ans plus tard.

    Posté par Varlin, 03 septembre 2011 à 19:08
  • à Varlin

    Pour ma part, je ne regrette pas son acquisition en blu-ray. Le revoir m'a donné beaucoup de plaisir

    Posté par Leatherface, 03 septembre 2011 à 19:14
  • C'est pas vraiment le genre de film qui me botte, surement à tort d'ailleurs. Peut-être qu'un jour je franchirais le pas

    Posté par 2flicsamiami, 04 septembre 2011 à 09:46
  • à 2flicsamiami

    Ah oui, passer à côté des gialli est un tort

    Posté par Leatherface, 04 septembre 2011 à 11:30
  • Curieusement, je n'ai pas tant accroché que ça à Ténèbres. Certes, il est dans la continuité de l'oeuvre d'Argento, mais il ne m'a pas vraiment "parlé" dans je l'ai vu. A part une scène de flash black bien faite et un final presque traumatisant (la hache, la statue...), je me suis un tantinet ennuyé devant ce film.

    Posté par Jamesluctor, 14 septembre 2011 à 16:42
  • à Jamesluctor

    Pour ta défense, je dirai que c'est celui où j'ai pris le moins de plaisir (attention, je ne dis pas que je n'en ai pas eu du tout !) quand je me suis retapé tous les anciens Argento

    Posté par Leatherface, 14 septembre 2011 à 19:47
  • trop violent pour mes petits yeux, ténèbrae constitue néanmoins la quintessence du giallo, même si je n'ai jamais pu regarder en face la scène de démembrement si coupée.
    "en tant que second assistant-réalisateur Michele Soavi." Quel génie ce gars-là : son Bloody Bird est un de mes films de chevet !! À quand une chro sur le blog ?

    Posté par hdef, 09 novembre 2013 à 22:52

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